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17 février 2008
Ketty Maisonrouge, l'ambassadrice du luxe français

Ketty Maisonrouge est « Madame Luxe » à New York. A la tête d'une agence d'événementiel et de relations publiques, elle a représenté pendant quinze ans le Comité Colbert aux Etats-Unis. De son travail pour cette association regroupant les plus grandes marques de luxe françaises, elle a tiré un carnet d'adresses prestigieux qu'elle met maintenant à la disposition des étudiants de l'Université de Columbia, où elle enseigne le marketing du luxe via The Luxuary Education Foundation, une programme de coopération étudiants/entreprises. Née en Italie, élevée entre Paris et la Suisse, mariée à un Français et mère de deux garçons, cette femme de tête nous a reçus dans son grand appartement de la Cinquième Avenue pour nous parler de son pays d'adoption : les Etats-Unis.
Pour quelles raisons êtes-vous venue aux Etats-Unis ?
Je suis arrivée il y a 25 ans, d'abord pour y faire des études d'histoire de l'Art, puis j'ai vite découvert que c'était le pays des opportunités. En France, où je venais de terminer un stage chez Tajan, le commissaire-priseur parisien, j'étais juste une jolie potiche de bonne famille qui distribue des catalogues ; aux Etats-Unis, j'ai senti, du moins à l'époque, que les choses étaient différentes, et je me suis dit : « je reste ici ».
Qu'est-ce qui vous plaît le plus chez les Américains ?
Le fait qu'ils ne préjugent pas des gens, qu'ils vous laissent l'opportunité de prouver qui vous êtes. Si vous êtes intelligent et prêt à travailler dur, vous pouvez vraiment y arriver – c'était vrai il y a 25 ans, et c'est encore vrai aujourd'hui.
Et le moins ?
Leur rapport à l'argent. C'est encore un peu trop souvent le critère principal qu'ont les Américains pour juger de la réussite des autres. Mais les choses sont en train de changer. A sa sortie de Princeton, mon fils Max, par exemple, n'a pas choisi Wall Street – il a choisi la politique. Il travaille en ce moment dans l'équipe de campagne de Barack Obama. La nouvelle génération redevient idéaliste, comme elle l'était sous JFK, et cela me rend très heureuse.
Qu'est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Les cafés, les restos, et l'humour des Français, plus caustique, moins politiquement correct. Oui, cet humour et cette spontanéité me manquent, mais heureusement, j'ai un échantillon à la maison !
Et le moins ?
Leur côté râleur. Les Français voient le verre à moitié vide, alors que les Américains le voient à moitié plein. Ils ont pourtant une habilité formidable à profiter de la vie – regardez la qualité de vie en France, elle est inégalable !-, mais ils le font en râlant.
Dans dix ans, vous serez en France ou aux Etats-Unis ?
Aux Etats-Unis. C'est trop tard pour rentrer. Nous avons choisi d'élever nos enfants ici.
Votre salaire par mois ?
En tant que prof, vous pouvez vous douter que ce n'est pas beaucoup, mais comme je reproche aux Américains de trop parler d'argent, je me tairai sur le sujet…Quoi qu'il en soit, mon job est très satisfaisant.
Votre candidat préféré aux élections présidentielles ?
C'est Obama, car je pense que c'est le seul capable de dépasser le clivage gauche/droite, et de restaurer l'image des Etats-Unis dans le monde. Nous l'avons rencontré, mon mari et moi, en mars dernier, en tout petit comité, lors d'un fundraiser à New York, et nous avons été très impressionnés : il écoute, il ne prétend pas tout savoir, c'est un homme de convictions dont je partage les valeurs.
Quel sera, à votre avis, le chantier prioritaire du prochain président ?
Le plus grand challenge, c'est le système de santé. En France, que vous soyez riche ou pauvre, vous serez soigné par de bons médecins. Mais ici, ce n'est pas le cas. Ce système de santé à deux niveaux n'est pas digne de la plus grande démocratie de la terre.
Qu'est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n'aiment pas l'Amérique ?
Qu'en tant que nation, les Etats-Unis sont le peuple le plus généreux qu'on puisse rencontrer. Il faut vraiment venir ici pour le comprendre. Les Américains peuvent être naïfs, ou maladroits, mais fondamentalement, ils ne sont pas méchants.
Votre message à George W Bush ?
Le 12 septembre 2001, le monde entier était derrière les Etats-Unis. Il avait une opportunité unique de rassembler, et il a orchestré le divorce. Il pense probablement que ce qu'il a fait est juste, mais par pitié, qu'il arrête, et qu'on laisse d'autres nettoyer son désordre.
Votre message à Nicolas Sarkozy ?
Qu'il redevienne le candidat pour lequel les Français ont voté. Qu'il leur prouve qu'ils ont fait le bon choix, ce dont ils doutent – y compris moi. OK, sa femme l'a plaqué, ca fait six mois que ca dure, maintenant ça suffit. Revenons aux choses sérieuses !
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s'expatrier ?
Ce serait plutôt un souhait : qu'ils soient capables de réaliser leur rêve dans leur pays. Et c'est à M. Sarkozy d'en créer les conditions.
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site de The Luxury Education Foundation
16:45 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ketty Maisonrouge, the luxury education foundation, comite colbert, claire derville










