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10 mars 2008

LE FRENCHIE DE LA SEMAINE par Claire Derville : Julien aux mains d’argent

 

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Jacques Dessange lui a appris la technique, Fréderic Fekkai – l’un des plus grands coiffeurs de New York- le business. Pour le reste, Julien Farel s’est bâti tout seul. D’abord promis à un destin de footballeur professionnel - « ma passion de gosse, j’ai fait sport-études », ce lyonnais d’origine a roulé ses ciseaux entre Paris, New York et Rome avant d’ouvrir son salon de coiffure sur Madison Avenue. C’était en 2001, il avait 4 employés. Il en compte aujourd’hui 51 et s’apprête à inaugurer « Julien Farel Gymnastique », un centre de bien-être et de remise en forme taillé sur mesure pour sa riche clientèle. « J’aurais tout le temps de dormir quand je serai mort », avoue cet infatigable travailleur, qui se fait des semaines de 100 heures. Mariée à une Américaine et papa d’une petite fille, il nous a reçus au milieu des odeurs de laques et de shampoing dans son salon bondé pour nous parler de sa vie de Français expatrié.

Pour quelle raison êtes-vous venu aux Etats-Unis ?

 

Je suis venu en 1992 pour ouvrir une école de coiffure Jacques Dessange sur Park Avenue. Je ne parlais pas un mot d’anglais et je ne connaissais absolument personne. C’était vraiment l’aventure, un peu comme l’était toute ma vie à cette époque. En fait, j’avais rencontré cette fille architecte qui voulait venir travailler aux Etats-Unis. Elle n’est jamais partie, moi si.

 

Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?

 

Leur sens du travail. Le fait qu’on ne nous donne rien, qu’on doit tout gagner, ça j’aime. Les Américains sont tout sauf des assistés. Ce sont des gens qui ne sont pas forcément compétents à la base, mais qui font tout pour le devenir. Ici, c’est 99% de transpiration, 1% de talent. C’est pour cela que le savoir-faire n’a pas de prix. Une coupe de cheveux avec moi, c’est 800 dollars.

 

Et le moins ?

 

Dans ce pays, il y a un gaspillage déguelasse. Il y a aussi deux styles de gens : ceux qui travaillent avec le cœur, et ceux qui travaillent pour l’argent. Chez certains coiffeurs, par exemple, tu paies cinq dollars, mais on te tond comme un mouton. Moi, j’aime les gens passionnés par leur métier.

 

Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?

 

La beauté des paysages, l’authenticité des endroits et le côté artisanal du pays. Les Etats-Unis sont un grand centre commercial rempli de franchisés. On retrouve partout les mêmes fast-foods, les mêmes magasins, les mêmes employés en uniforme… Mais en France et en Italie, ou j’ai vécu prés de quatre ans, les décors sont uniques. Ce sont vraiment deux pays qui me tiennent à cœur.

 

Et le moins ?

 

La jalousie des Français. Si tu gagnes de l’argent, en France, tu es un escroc. Si tu n’en gagnes pas, tu es un bon à rien. Et puis les 35 heures … C’est une aberration.

 

Votre candidat favori aux élections présidentielles ?

 

L’idéal, pour moi, aurait été que Bloomberg se présente. Il aurait remonté ce pays comme il a remonté New York après le 11 septembre. Certes, en tant que patron d’une entreprise, j’ai vu les taxes augmenter, mais ca valait la peine. Ce serait bien qu’il soit vice-président d’Obama ou McCain.

 

A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?

 

Il faut bien sûr arrêter la guerre, et donner à tout le monde une assurance-maladie. Que tu sois blanc, noir ou jaune, riche ou pauvre, toutes les larmes sont salées. Je ne comprends pas que les Etats-Unis fassent leur cinéma humanitaire dans le reste du monde quand ils n’arrivent pas à soigner leurs propres citoyens !

 

Où serez-vous dans 10 ans ?

 

Mon rêve, ce serait d’être entre New York, Londres, Rome et la Cote d’Azur. Mai je serai certainement ici, en train de travailler. Je suis comme un peintre qui n’arrive pas a m’arrêter. Des que je finis une toile, j’en commence une autre.

 

Votre salaire par mois ?

 

Une fois que j’ai payé mes 51 employés – certains coiffeurs gagnent un demi-million de dollars par an, hors pourboires-, je me sers dans ce qui reste…

 

Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?

 

Et bien restez dans votre trou ! C’est comme certains Français qui disent : « J’aime pas les Italiens ». Pourquoi ? Parce qu’ils nous ont battu au Mondial ? L’Italie est de l’autre côté de la frontière et je suis sur que tu n’y es jamais allé !

 

Votre message à George W Bush 

 

C’est un peu délicat, parce que coiffe au moins 4 ou 5 membres de sa famille parmi ses sœurs et ses nièces… Mais je dirai que la guerre en Irak n’a servi à rien, et que c’est un beau gaspillage d’hommes, d’armes et d’argent.

 

Votre message à Nicolas Sarkozy

 

Tous ces Français plein de talents qui s’expatrient, je trouve ca dommage…  Regardez les plus grands chefs : ils partent à Londres, à Las Vegas… En France, les artisans n’ont plus le cœur à travailler. Mais en réalité, leur savoir-faire vaut de l’or. Nicolas Sarkozy a été élu pour révolutionner la société française : qu’il le fasse !

 

Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier ?

 

Si tu as du talent et que tu aimes travailler, viens ! C’est un pays pour toi. Mais il faut être patient et prendre le temps de bâtir son succès. Je connais pas mal de gens qui se ramassés parce qu’ils voulaient griller les étapes. C’est le syndrome « too fast, too much, too soon » (trop, trop vite, trop tôt). On ne peut pas se mettre à courir tant qu’on ne sait pas marcher.

 

Propos recueillis par Claire Derville

Voir le site de Julien Farel

Commentaires

Ben alors Lolo, tes vacances t'ont rendue folle?
Tu vas pas t'amouracher d'un coiffeur, fut-il millionnaire ?
T'es vraiment américaine désormais...

Bises quand même..

Potus

Ecrit par : potus | 18 mars 2008