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18 juin 2008

Célia Faussart, les Nubians

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 PHOTO PETER GRAHAM

Il y a tout juste dix ans, Célia Faussart fondait avec sa sœur Hélène le groupe de R&B français Les Nubians. En septembre dernier, cette jeune maman de 29 ans, née à Paris d’un père Français et d’une mère camerounaise, a décidé de s’installer à New York pour fuir une certaine réalité politique, mais aussi se rapprocher de son public. Car le groupe réalise la plupart de ses ventes et de ses concerts aux Etats-Unis. Leur premier album, “Princesses Nubians", s’est écoulé à 500 000 exemplaires ; leur second à 200 000. " Nous avons même été nominées aux Grammy Awards en 2004, note Célia. Pas mal, non pour des filles qui chantent en français ? ». Profondément habitée par le sentiment d’être “une citoyenne du monde”, Célia est aussi un brin en colère. Nous l’avons rencontre entre deux concerts pour une interview sans langue de bois.

Pour quelle raison êtes-vous venu aux Etats-Unis ?

Pour des raisons politiques principalement. Lorsque Sarko est passé, je me suis dit : « c'est bon, je m'en vais ». J'avais envie de changement, envie d'offrir un autre environnement à mes deux enfants. Depuis dix ans, je faisais déjà de nombreux allez et retours entre la France et les Etats-Unis ; nous travaillons beaucoup ici. Bon, OK, venir dans le pays de Bush pour fuir Sarkozy, ce n'est pas forcement la panacée, mais les choses sont en train de changer. C'est d'ailleurs très excitant d'assister à ça.

Qu'est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?

Leur diversité, leurs multiples visages. Qu'est-ce qu'un Américain ? C'est à la fois le type qui vit au fin fond de l'Indiana, et le Pakistanais qui est à New York depuis 45 ans. En France, je n'en pouvais plus d'être cataloguée « ethnique ». Non, je ne suis pas « ethnique », je suis Française. Non, je ne fais pas de la « World music », je fais de la musique tout court ! 

Et le moins ?

Une certaine ignorance du monde qui les entoure. Je ne blâme pas les Américains eux-mêmes, mais plutôt le système éducatif et les médias, qui ne leur offrent pas de fenêtre sur l'extérieur.

Qu'est-ce qui vous manque le plus de la France ?

J'ai deux petits à la maison qui me réclament des pâtes au gruyère, des flans, du sirop de grenadine et des madeleines… Je leur réponds : « mais on est en Amérique ! ». C’est ça, l’immigration. On essaie tant bien que mal de perpétuer une culture. On se sent loin de la maison. On se heurte à des gens qui pensent que vous n’avez pas de papier.

Et le moins ?

Les réflexions du style : “Ah non, désolé, on a déjà une Noire pour ce job-là” ou “j’ai déjà donné 3 emplois jeunes aux Arabes de ma commune”. Je déplore venir d’un pays où on a tant de problème de couleurs alors qu’on a inventé les droits de l’homme. Mais qu’est-ce qu’on a fait de cet héritage ?

Votre candidat favori aux élections présidentielles ?

Obama! Pas parce qu’il est Noir ou Blanc ou métis, juste parce qu’il défend ce en quoi je crois au plus profond de moi : la non couleur.

A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?

L’économie, la guerre, le social et la politique étrangère.

Où serez-vous dans 10 ans ?

Je me pose la question. J’aime beaucoup la Californie du Nord, on joue très souvent là-bas, j’ai beaucoup d’amis et j’adore la mentalité des gens de la Baie : ils ont dépassé les clivages de couleur.  A vrai dire, j’aurais préféré m’installer à San Francisco ou Oakland, mais c’est vraiment très loin de la France. Du coup, je me suis dit qu’on allait commencer par New York, et pourquoi pas mettre le cap à l’Ouest dans un second temps

Votre salaire par mois ?

Je ne suis pas salariée. Mes revenues fluctuent en fonction de mes contrats, et je n’ai toujours pas réussi à faire correctement de cumul annuel. En tous cas, je n’ai pas de regrets pour le régime français. Je n’avais pas le statut d’intermittent du spectacle, j’étais travailleuse indépendante. Tant qu’à faire, je préfère être ici, c’est mieux pour les impôts.

Qu'est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n'aiment pas l'Amérique ?

L’Amérique, il faut la découvrir par soi-même, arrêter d’écouter ce que disent les uns et les autres, et voyager. Avec Hélène, on tourne partout : Louisiane, Colorado, Californie, Illinois, Texas, Caroline du Nord…

Votre message à George W Bush 

It’s game over!

Votre message à Nicolas Sarkozy

Je n’ai rien à lui dire. Il ne m’intéresse pas. Le mépris avec lequel il parle aux Français n’a rien de surprenant, c’est ce qui était annoncé. La France est une belle République bananière et ça me dégoûte.

Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s'expatrier ?

On est créateur de sa propre réalité, maître de sa vie. Qu’importe le pays où l'on vit, la nationalité, je crois en une citoyenneté mondiale.

Propos recueillis par Claire Derville

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