24 avril 2008
Gonzague Leroux, missionnaire à Brooklyn

Gonzague Leroux, 34 ans, sera ordonné diacre le 31 mai prochain, et prêtre en 2009. Il travaille pour Point Cœur, une association catholique qui œuvre auprès des nécessiteux à travers 38 foyers dans le monde. Après des études de théologie à Rome et un premier séjour au Kazakhstan, il est venu à New York pour y ouvrir un nouveau centre Point Cœur (Heart’s Home en VO). Sa mission : encadrer une équipe de jeunes volontaires, aller à la rencontre des pauvres, accompagner les malades en fin de vie, mais aussi soigner une misère plus cachée. « Ici, on peut rencontrer des gens qui gagnent 500 000 dollars par an mais qui sont dans un tunnel ». Il nous a donné son point de vue d’homme d’église sur la société américaine.
Pour quelle raison êtes-vous venu aux Etats-Unis ?
Un jour, Mère Teresa a dit que New York est la ville qui a le plus besoin de compassion sur cette terre. Sachant cela, le père fondateur de Point Cœur, Thierry de Roucy, s’est dit : « Il faut y aller ». Je suis donc arrivé ici en 2005, à la fin de mes études de théologie, pour y ouvrir un nouveau centre. Aujourd’hui, nous sommes 7 dans la maison : 2 volontaires, 2 sœurs, 2 laïques consacrées et moi.
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Leur enthousiasme. Ce sont des gens qui rêvent, qui espèrent, qui regorgent de projets et de désirs. C’est beau de pouvoir porter tout cela.
Et le moins ?
La société est tellement mercantilisée que même la religion devient un produit du marketing. L’autre jour, j’entendais un type dire : « moi, je présente le message du Christ mais j’y mets un nouveau packaging ». Cela m’a fait mal au cœur. Pour un Français, les mégachurches, l’église-business, c’est difficile à comprendre.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Un certain savoir-vivre, cette faculté à prendre le temps de boire un café gratuitement avec les gens, et les vielles pierres qui nous rappellent aux sources de notre civilisation.
Et le moins ?
Tout ce qui freine l’engagement, l’innovation et l’initiative. Malheureusement, je trouve que c’est très lourd en Europe.
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
Le personnage d’Obama est très intéressant. Il parle d’espérance, de changement. Il a cette grâce de redonner aux Américains leur esprit pionnier. J’admire aussi la capacité de travail d’Hillary Clinton. Le rêve, ce serait d’associer le charisme de l’un à l’efficacité de l’autre. Le mélange des deux serait assez détonnant.
A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?
Les Français ne s’imaginent pas le niveau de la pauvreté aux Etats-Unis. Le prochain président devra prendre un virage vers « un capitalisme humaniste », c'est-à-dire prôner un système économique qui n’aliène pas la personne humaine. Pour réussir la réforme de l’assurance maladie, néanmoins, il faudrait que les Américains revoient leur système judiciaire. Les procès médicaux ont entrainé une flambée des prix qui ne profite à personne.
Où serez-vous dans 10 ans ?
J’espère encore aux Etats-Unis, en train de développer Point Cœur. Je veux proposer à la société américaine une autre façon de voir la vie, de regarder les gens. Nous avons envoyé de jeunes Américains en mission à l’étranger ; ils sont revenus transformés.
Votre salaire par mois ?
Je n’en ai pas ! La maison ne vit que de dons, nous avons un budget et je dois justifier toutes mes dépenses.
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Dans toute culture, il y a quelque chose de bon.
Votre message à George W Bush
Il laisse une lourde tâche à son successeur.
Votre message à Nicolas Sarkozy
Merci d’avoir redonné un élan aux relations franco-américaines.
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier ?
Just do it !
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site de Point Cœur
Voir le site de Heart’s Home
17:05 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Point Coeur, Gonzague Leroux, Brooklyn, compassion
19 avril 2008
Hans Weiss, patron de « Cornichon »

Hans Weiss, 30 ans, Marseillais et fier de l’être, rêvait d’ouvrir un restaurant à New York. « Depuis que je suis arrivé aux Etats-Unis, j’ai toujours voulu faire ça. Il fallait que ça sorte de mon système. » C’est chose faite depuis six mois, date à laquelle Cornichon, son bar à vin, a vu le jour à Williamsburg, un quartier branché de Brooklyn. Ancien consultant en système d’information, il espère ouvrir un autre établissement d’ici un à deux ans, puis pourquoi pas se lancer dans le documentaire, « quand le business pourra tourner sans moi ». Passionné de politique, il a délaissé le comptoir quelques instants pour se prêter à notre questionnaire.
Pour quelle raison êtes-vous venu aux Etats-Unis ?
Grâce au football, j’ai décroché une bourse pour venir étudier dans une petite université à Tampa, en Floride. J’ai passe une saison avec eux, puis je suis allé frapper à la porte de l’Université de Floride, où j’ai continué à jouer pendant un an et demi. Le sport est un excellent moyen de venir étudier presque gratuitement aux Etats-Unis – trop peu de gamins sont au courant.
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Ils ont une culture très hospitalière. Le melting pot, ici, c’est une réalité. Que tu viennes du Bangladesh avec 5 gamins ou de Paris 16ème, il y aura toujours une place pour toi, à condition que tu veuilles faire ta place.
Et le moins ?
Et bien, une fois que tout le monde est dans le pot et que la mayonnaise a bien pris, ils s’en foutent pas mal de ce qui se passe dans le reste du monde, voire même à l’intérieur de la marmite. On peut même leur mettre un George W Bush dedans ; tant que ça ne déborde pas, ils sont contents. Cet individualisme, ce manque d’engagement politique me déplaisent.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Le goût de l’authentique.
Et le moins ?
Le côté râleur, un peu snob et je-sais-tout des Français.
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
Barack Obama. Voir un métis qui porte un nom de famille africain et un « middle name » arabe se hisser à la Maison Blanche aurait un impact incroyable sur le monde. Cela enverrait un message d’espoir à l’Afrique, et peut être de paix au Moyen-Orient. Ce n’est pas évident de lancer un djihad sur un homme qui s’appelle Hussein.
A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?
Sur le long terme, je dirais l’environnement. En reconnaissant officiellement qu’il y a un problème – ce qu’ils n’ont toujours pas fait-, et en faisant des Etats-Unis un leader dans le domaine de la protection de l’environnement, le prochain président tient peut être l’occasion de redynamiser tout à la fois l’économie, la recherche scientifique et la coopération internationale. Les Américains sont bien allés sur la Lune – est-ce qu’ils ne peuvent pas faire quelque chose pour la Terre ?
Où serez-vous dans 10 ans ?
Si j’ai des enfants, je pense que je rentrerai en France. C’est quand même beaucoup plus facile d’y faire grandir une famille.
Votre salaire par mois ?
Depuis que j’ai ouvert le resto, je gagne la moitié de mon salaire d’avant, c'est à dire assez peu, mais c’est le début. Je continue à bosser quelques matinées par mois sur des projets informatiques pour payer le loyer.
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
C’est leur choix, mais c’est dommage.
Votre message à George W Bush
Il aurait du avoir le courage de dire : « on s’est planté, essayons autre chose » au lieu de répéter « Stay the course » (gardons le cap) pendant 8 ans.
Votre message à Nicolas Sarkozy
Que l’on n’ait pas à dire « C’est dommage » à la fin de son mandat !
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier ?
Ne rêvez pas trop, justement. Gardez un esprit ouvert et arrivez sans préjugés. A l’étranger, ce n’est pas forcément mieux ; c’est différent.
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site de Cornichon
21:05 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hans weiss, cornichon, williamsburg, bar a vin
23 mars 2008
Carine Bauvey se plie en quatre pour Ménage à Trois

Travailler et avoir des enfants à New York ? « Ce n’est pas si dur que ca. Il suffit d’être super organisée », assure Carine Bauvey, qui vit aux Etats-Unis depuis 16 ans. Après s’être occupée de monter la filiale américaine de Reflex Advertising, une groupe de comm’ français, elle vient d’ouvrir avec son associé de longue date une nouvelle agence de conseil en stratégie de marque, Ménage à Trois, qui compte déjà dans son portefeuille des clients comme Maybelline, Marithé et Francois Girbaud, Volvic/Unicef ou encore Canson. « Le rythme est palpitant, je surkiffe d’avoir ma boîte », s’exclame cette maman de deux enfants. Grenobloise d'origine, Niçoise de coeur, elle nous a fait partager sa passion pour les Etats-Unis avec « la rage au ventre de ne pas pouvoir voter » en novembre prochain.
Pour quelles raisons êtes-vous venue aux Etats-Unis ?
Pour fuir le système éducatif français. A l’école, j’étais assez provocatrice, rebelle ; je détestais le ravin qu’il y avait entre les profs et les élèves. Sincèrement, si j’étais restée, je crois bien que je n'aurais pas fait d'études. Je suis donc partie à Florida Tech. Là-bas, j’ai trouve des profs disponibles, encourageants, à l’écoute. Apres ma maîtrise, j’ai enchaîné sur un master, puis sur un an de thèse. Les Etats-Unis m’ont totalement révélée d’un point de vue académique. Ca a été un truc vraiment extraordinaire.
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Leur côté enfant, simple et accueillant, à la Mickey Mouse. J’aime bien aussi leur productivité. Ici, inutile d’envoyer des lettres recommandées : les choses avancent vite et bien. Quand je suis arrivée aux Etats-Unis, en 1992, on rendait déjà nos devoirs aux profs via email, et tous les cours étaient sur un serveur. J’étais bluffée.
Et le moins ?
Je déteste leur côté puritain. Ils sont numéro un du porno, mais ils mettent la Bible dans toutes les chambres d’hôtel. Tu allaites ton enfant dans un parc, et les gens viennent te voir en disant : « Mais cachez donc ce sein ! ». Ma main dans ta figure, oui.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Ma famille et mes amis. Ils me manquent vraiment. A part mes proches, je considère que j’ai tout.
Et le moins ?
La « French attitude », c'est-à-dire cette propension à râler tout le temps. On le sent tout de suite quand on arrive à l’aéroport. Les gens ressassent les mauvaises nouvelles : « T’as entendu à la radio … ? ». Qu’ils soient de droite ou de gauche, ils ne sont jamais contents. Ils ne voient pas tout ce qu’il y a de bien dans leur vie : les vacances, par exemple.
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
Obama, avec la rage au ventre de ne pas encore pouvoir voter. Il est honnête, réfléchi, posé. J’ai l’intention de contribuer au financement de sa campagne – une première pour moi. Il est sur des rails, et s’il n’en sort pas, il a de bonnes chances de gagner. Les Clinton, en revanche, m’ont écœuré dans cette campagne – surtout Bill, que j’aimais bien avant. Toute sa démarche consiste à attaquer Obama sur des points de détails.
A votre avis, quel sera le chantier du prochain président ?
Le pauvre, il va prendre cher ! Malgré la récession économique, il me semble quand même que la priorité consiste à restaurer les relations extérieures des Etats-Unis, et calmer le jeu en Irak, en Iran, au Pakistan… Cette région du monde est totalement partie en live.
Où serez-vous dans dix ans ?
Je serai à la retraite, sur une île ! On s’est fixé cet objectif avec mon mari. Ce n’est pas du tout certain que cela arrive, évidemment, mais c’est un objectif comme un autre : il en faut, dans la vie. On travaille beaucoup, et ce serait bien qu’un jour on en profite. Cela étant dit, je ne me tournerai pas les pouces pour autant. J’ai plein d’idées en tête : ouvrir une galerie, faire le nettoyage de la plage, défendre telle ou telle cause, lancer un magazine… J’aimerais continuer à être active, sans pour autant avoir à me soucier d’argent.
Votre salaire par mois ?
Il faut attendre la fin de l’année pour voir comment ma nouvelle entreprise se comporte. On se prendra un bonus : 100 000, 200 000 dollars, qui sait ? C’est à ce moment là que ca deviendra rigolo.
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Que nous sommes, en effet, très différents d’un pays à l’autre : notre histoire, notre philosophie, notre pratique de la religion, notre système politique, la mentalité et les comportements... beaucoup de choses nous séparent. Mais il faut essayer de comprendre avant de juger.
Votre message à George W Bush ?
Va rôtir en enfer ! Il a attiré le ridicule, la honte, le mensonge, le déclin économique et la haine sur son pays. Je ne comprends pas comment il n’est pas tombé sous le coup d’une procédure d’impeachment. Dire qu’on a fait un procès à Clinton pour l'affaire Lewinsky, et que Bush s’en tire comme ça !
Votre message à Sarko ?
Qu’il fasse ce qu’il avait promis de faire.
Votre conseil a ceux qui rêvent de s’expatrier ?
L’eldorado n’existe pas. Si vous allez quelque part, venez avec l’esprit ouvert. Il faut accepter que certaines choses ne soient pas parfaites, ou pas comme à la maison. Ta force motrice, ça doit être celle de ton propre épanouissement.
Claire Derville
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10 mars 2008
LE FRENCHIE DE LA SEMAINE par Claire Derville : Julien aux mains d’argent

Jacques Dessange lui a appris la technique, Fréderic Fekkai – l’un des plus grands coiffeurs de New York- le business. Pour le reste, Julien Farel s’est bâti tout seul. D’abord promis à un destin de footballeur professionnel - « ma passion de gosse, j’ai fait sport-études », ce lyonnais d’origine a roulé ses ciseaux entre Paris, New York et Rome avant d’ouvrir son salon de coiffure sur Madison Avenue. C’était en 2001, il avait 4 employés. Il en compte aujourd’hui 51 et s’apprête à inaugurer « Julien Farel Gymnastique », un centre de bien-être et de remise en forme taillé sur mesure pour sa riche clientèle. « J’aurais tout le temps de dormir quand je serai mort », avoue cet infatigable travailleur, qui se fait des semaines de 100 heures. Mariée à une Américaine et papa d’une petite fille, il nous a reçus au milieu des odeurs de laques et de shampoing dans son salon bondé pour nous parler de sa vie de Français expatrié.
Pour quelle raison êtes-vous venu aux Etats-Unis ?
Je suis venu en 1992 pour ouvrir une école de coiffure Jacques Dessange sur Park Avenue. Je ne parlais pas un mot d’anglais et je ne connaissais absolument personne. C’était vraiment l’aventure, un peu comme l’était toute ma vie à cette époque. En fait, j’avais rencontré cette fille architecte qui voulait venir travailler aux Etats-Unis. Elle n’est jamais partie, moi si.
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Leur sens du travail. Le fait qu’on ne nous donne rien, qu’on doit tout gagner, ça j’aime. Les Américains sont tout sauf des assistés. Ce sont des gens qui ne sont pas forcément compétents à la base, mais qui font tout pour le devenir. Ici, c’est 99% de transpiration, 1% de talent. C’est pour cela que le savoir-faire n’a pas de prix. Une coupe de cheveux avec moi, c’est 800 dollars.
Et le moins ?
Dans ce pays, il y a un gaspillage déguelasse. Il y a aussi deux styles de gens : ceux qui travaillent avec le cœur, et ceux qui travaillent pour l’argent. Chez certains coiffeurs, par exemple, tu paies cinq dollars, mais on te tond comme un mouton. Moi, j’aime les gens passionnés par leur métier.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
La beauté des paysages, l’authenticité des endroits et le côté artisanal du pays. Les Etats-Unis sont un grand centre commercial rempli de franchisés. On retrouve partout les mêmes fast-foods, les mêmes magasins, les mêmes employés en uniforme… Mais en France et en Italie, ou j’ai vécu prés de quatre ans, les décors sont uniques. Ce sont vraiment deux pays qui me tiennent à cœur.
Et le moins ?
La jalousie des Français. Si tu gagnes de l’argent, en France, tu es un escroc. Si tu n’en gagnes pas, tu es un bon à rien. Et puis les 35 heures … C’est une aberration.
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
L’idéal, pour moi, aurait été que Bloomberg se présente. Il aurait remonté ce pays comme il a remonté New York après le 11 septembre. Certes, en tant que patron d’une entreprise, j’ai vu les taxes augmenter, mais ca valait la peine. Ce serait bien qu’il soit vice-président d’Obama ou McCain.
A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?
Il faut bien sûr arrêter la guerre, et donner à tout le monde une assurance-maladie. Que tu sois blanc, noir ou jaune, riche ou pauvre, toutes les larmes sont salées. Je ne comprends pas que les Etats-Unis fassent leur cinéma humanitaire dans le reste du monde quand ils n’arrivent pas à soigner leurs propres citoyens !
Où serez-vous dans 10 ans ?
Mon rêve, ce serait d’être entre New York, Londres, Rome et la Cote d’Azur. Mai je serai certainement ici, en train de travailler. Je suis comme un peintre qui n’arrive pas a m’arrêter. Des que je finis une toile, j’en commence une autre.
Votre salaire par mois ?
Une fois que j’ai payé mes 51 employés – certains coiffeurs gagnent un demi-million de dollars par an, hors pourboires-, je me sers dans ce qui reste…
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Et bien restez dans votre trou ! C’est comme certains Français qui disent : « J’aime pas les Italiens ». Pourquoi ? Parce qu’ils nous ont battu au Mondial ? L’Italie est de l’autre côté de la frontière et je suis sur que tu n’y es jamais allé !
Votre message à George W Bush
C’est un peu délicat, parce que coiffe au moins 4 ou 5 membres de sa famille parmi ses sœurs et ses nièces… Mais je dirai que la guerre en Irak n’a servi à rien, et que c’est un beau gaspillage d’hommes, d’armes et d’argent.
Votre message à Nicolas Sarkozy
Tous ces Français plein de talents qui s’expatrient, je trouve ca dommage… Regardez les plus grands chefs : ils partent à Londres, à Las Vegas… En France, les artisans n’ont plus le cœur à travailler. Mais en réalité, leur savoir-faire vaut de l’or. Nicolas Sarkozy a été élu pour révolutionner la société française : qu’il le fasse !
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier ?
Si tu as du talent et que tu aimes travailler, viens ! C’est un pays pour toi. Mais il faut être patient et prendre le temps de bâtir son succès. Je connais pas mal de gens qui se ramassés parce qu’ils voulaient griller les étapes. C’est le syndrome « too fast, too much, too soon » (trop, trop vite, trop tôt). On ne peut pas se mettre à courir tant qu’on ne sait pas marcher.
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site de Julien Farel
22:55 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : julien farel, claire derville, coiffeur new york
02 mars 2008
Mireille Giuliano, une plume qui pèse des millions

Après vingt ans passés à la tête de la maison de champagne Veuve Cliquot, Mireille Giuliano a décidé, un beau jour, de prendre la plume pour raconter tout à la fois sa vie de Française expatriée aux Etats-Unis, et sa vision d’un certain art de vivre culinaire. Son premier livre, « French Women don’t get fat » a fait un véritable carton. Traduit en 37 langues et vendu à des millions d’exemplaires, il a « complètement bouleversé ma vie », confie cette ancienne présidente de société. Régulièrement citée dans la presse américaine, invitée de tous les talks-shows, elle a quitté la maison LVMH pour se consacrer à l’écriture. « Au fil des Saisons », un recueil de ses recettes préférées, vient de sortir aux Etats-Unis, et deux autres livres sont dans les cartons.
Pour quelle raison êtes-vous venue aux Etats-Unis ?
Je suis tombée amoureuse d’un Américain, qui est aujourd’hui mon mari. Nous nous sommes rencontrés à Istanbul. Il faisait son doctorat à New York, et comme nous ne pouvions vivre séparés, je suis venue le rejoindre. C’était en 1976. Dans un premier temps, j’ai travaillé à l’ONU en tant qu’interprète de conférence, mais c’est très vite devenu rasoir. J’ai donc rejoint une agence de RP qui avait pour principal client le comité interprofessionnel du champagne….
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Dans beaucoup de domaines, ils ont un talent fou. Avec mon mari, qui préside une université, nous fréquentons beaucoup d’artistes – musiciens, danseurs, comédiens... J’ai envie de vivre avec ces gens-là. Ils sont une source d’inspiration pour moi lorsqu’il s’agit d’écrire.
Et le moins ?
Le gaspillage. Promenez-vous le matin dans le Village, par exemple. C’est ahurissant de voir ce qu’on met sur le trottoir ! Il va vraiment falloir éduquer les jeunes et les moins jeunes à faire plus attention à l’environnement, quitte à pénaliser les excès.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Les gros fous rires avec mes copines, les paysages, les balades au Luco le matin, les Alpilles, le théâtre, France Musique, France culture, les petits restos, les marchés... Mais je suis gâtée : pendant vingt ans, grâce à mon job chez Veuve Cliquot, j’ai été amenée à passer quasiment une semaine par mois en France. J’ai donc vécu à cheval entre les deux pays, ce dont je m’estime très chanceuse.
Et le moins ?
Ces réunions interminables où rien ne se passe, quel supplice ! Régulièrement, chez LVMH, on s’asseyait deux jours autour d’une table pour faire ce que qu’on aurait fait en une demi-heure aux Etats-Unis. Tout le monde fumait, c’était insupportable. Je suis très contente que cela soit fini, c’est un gros soulagement !
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
J’étais pro-Hillary au début, mais j’ai changé d’avis. Elle n’a pas ce charisme qui fait l’étoffe des vrais politiciens, et qu’ont son mari ou Obama. Et puis, tous ces débats sur qui a le plus d’expérience n’ont pas beaucoup de sens à mon avis, car finalement, gérer un pays, c’est comme gérer une entreprise : au fond, ni l’un ni l’autre ne sait ce qui l’attend vraiment. Au quotidien, il sera surtout question de gestion de crise.
A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?
Personnellement, j’essaierais de trouver des énergies alternatives au pétrole, car cela nous éviterait de nombreux problèmes économiques et diplomatiques. Cela fait vingt ans qu’on en parle, et personne n’a toujours rien fait. Mais j’ai foi en l’Amérique : ce sont des gens qui s’adaptent assez vite.
Où serez-vous dans 10 ans ?
New York, c’est notre base. Mais depuis que j’ai arrêté Veuve Clicquot, je passe de plus en plus de temps en France. Nous avons une maison en Provence où j’adore aller. Cela m’inspire beaucoup pour écrire. Je suis plus disciplinée. Ici, il y a trop de distractions…
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Il faut y vivre, y travailler, y passer quelques années avant de juger.
Votre message à George W Bush ?
« Ce job n’était pas fait pour vous ! » Il a essayé de plaire aux conservateurs, il a pris beaucoup de mauvaises décisions et s’est mal entouré…
Votre message à Nicolas Sarkozy ?
C’est très beau de vouloir tout faire et être partout, mais il faudrait qu’il apprenne à déléguer, et qu’il choisisse ses batailles, comme on dit ici. Il faudrait aussi qu’il fasse de l’ordre dans son équipe. Si certains ne sont pas contents au gouvernement, qu’ils partent !
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier ?
Il faut foncer, si c’est ce que vous voulez, mais il faut être prêt à faire certaines concessions. Vivre ici et avoir la même qualité de vie qu’on avait en France, ce n’est pas forcement évident… Attendez-vous aussi à pas mal de difficultés pour obtenir un VISA. Les choses sont plus aussi faciles qu’il y a dix ou quinze ans.
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site de Mireille Giuliano
20:05 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mireille giluanio, french women don't get fat, claire derville
17 février 2008
Ketty Maisonrouge, l'ambassadrice du luxe français

Ketty Maisonrouge est « Madame Luxe » à New York. A la tête d'une agence d'événementiel et de relations publiques, elle a représenté pendant quinze ans le Comité Colbert aux Etats-Unis. De son travail pour cette association regroupant les plus grandes marques de luxe françaises, elle a tiré un carnet d'adresses prestigieux qu'elle met maintenant à la disposition des étudiants de l'Université de Columbia, où elle enseigne le marketing du luxe via The Luxuary Education Foundation, une programme de coopération étudiants/entreprises. Née en Italie, élevée entre Paris et la Suisse, mariée à un Français et mère de deux garçons, cette femme de tête nous a reçus dans son grand appartement de la Cinquième Avenue pour nous parler de son pays d'adoption : les Etats-Unis.
Pour quelles raisons êtes-vous venue aux Etats-Unis ?
Je suis arrivée il y a 25 ans, d'abord pour y faire des études d'histoire de l'Art, puis j'ai vite découvert que c'était le pays des opportunités. En France, où je venais de terminer un stage chez Tajan, le commissaire-priseur parisien, j'étais juste une jolie potiche de bonne famille qui distribue des catalogues ; aux Etats-Unis, j'ai senti, du moins à l'époque, que les choses étaient différentes, et je me suis dit : « je reste ici ».
Qu'est-ce qui vous plaît le plus chez les Américains ?
Le fait qu'ils ne préjugent pas des gens, qu'ils vous laissent l'opportunité de prouver qui vous êtes. Si vous êtes intelligent et prêt à travailler dur, vous pouvez vraiment y arriver – c'était vrai il y a 25 ans, et c'est encore vrai aujourd'hui.
Et le moins ?
Leur rapport à l'argent. C'est encore un peu trop souvent le critère principal qu'ont les Américains pour juger de la réussite des autres. Mais les choses sont en train de changer. A sa sortie de Princeton, mon fils Max, par exemple, n'a pas choisi Wall Street – il a choisi la politique. Il travaille en ce moment dans l'équipe de campagne de Barack Obama. La nouvelle génération redevient idéaliste, comme elle l'était sous JFK, et cela me rend très heureuse.
Qu'est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Les cafés, les restos, et l'humour des Français, plus caustique, moins politiquement correct. Oui, cet humour et cette spontanéité me manquent, mais heureusement, j'ai un échantillon à la maison !
Et le moins ?
Leur côté râleur. Les Français voient le verre à moitié vide, alors que les Américains le voient à moitié plein. Ils ont pourtant une habilité formidable à profiter de la vie – regardez la qualité de vie en France, elle est inégalable !-, mais ils le font en râlant.
Dans dix ans, vous serez en France ou aux Etats-Unis ?
Aux Etats-Unis. C'est trop tard pour rentrer. Nous avons choisi d'élever nos enfants ici.
Votre salaire par mois ?
En tant que prof, vous pouvez vous douter que ce n'est pas beaucoup, mais comme je reproche aux Américains de trop parler d'argent, je me tairai sur le sujet…Quoi qu'il en soit, mon job est très satisfaisant.
Votre candidat préféré aux élections présidentielles ?
C'est Obama, car je pense que c'est le seul capable de dépasser le clivage gauche/droite, et de restaurer l'image des Etats-Unis dans le monde. Nous l'avons rencontré, mon mari et moi, en mars dernier, en tout petit comité, lors d'un fundraiser à New York, et nous avons été très impressionnés : il écoute, il ne prétend pas tout savoir, c'est un homme de convictions dont je partage les valeurs.
Quel sera, à votre avis, le chantier prioritaire du prochain président ?
Le plus grand challenge, c'est le système de santé. En France, que vous soyez riche ou pauvre, vous serez soigné par de bons médecins. Mais ici, ce n'est pas le cas. Ce système de santé à deux niveaux n'est pas digne de la plus grande démocratie de la terre.
Qu'est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n'aiment pas l'Amérique ?
Qu'en tant que nation, les Etats-Unis sont le peuple le plus généreux qu'on puisse rencontrer. Il faut vraiment venir ici pour le comprendre. Les Américains peuvent être naïfs, ou maladroits, mais fondamentalement, ils ne sont pas méchants.
Votre message à George W Bush ?
Le 12 septembre 2001, le monde entier était derrière les Etats-Unis. Il avait une opportunité unique de rassembler, et il a orchestré le divorce. Il pense probablement que ce qu'il a fait est juste, mais par pitié, qu'il arrête, et qu'on laisse d'autres nettoyer son désordre.
Votre message à Nicolas Sarkozy ?
Qu'il redevienne le candidat pour lequel les Français ont voté. Qu'il leur prouve qu'ils ont fait le bon choix, ce dont ils doutent – y compris moi. OK, sa femme l'a plaqué, ca fait six mois que ca dure, maintenant ça suffit. Revenons aux choses sérieuses !
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s'expatrier ?
Ce serait plutôt un souhait : qu'ils soient capables de réaliser leur rêve dans leur pays. Et c'est à M. Sarkozy d'en créer les conditions.
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site de The Luxury Education Foundation
16:45 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ketty Maisonrouge, the luxury education foundation, comite colbert, claire derville
08 février 2008
Mathieu Faupin, étudiant en Californie

Mathieu Faupin, 29 ans, vit sur le campus de l’Université de South California (USC), à Los Angeles, depuis un an et demi. Il étudie la « Public diplomacy » en Master, c’est à dire l’art pour un Etat de converser non pas avec un autre Etat, mais avec le public étranger. Originaire de la Marne, Mathieu travaillait dans un cabinet d’avocat à Reims quand il a eu l’occasion de changer de vie. Il nous livre son point de vue d’étudiant sur les Etats-Unis.
Pour quelle raison êtes-vous venu aux Etats-Unis ?
Je voulais faire autre chose, autre part, et j’ai eu la chance de rencontrer, dans le cadre d’un dossier sur lequel je travaillais à Paris, un Ancien de l’USC, Américain, avocat, qui m’a mis le pied à l’étrier. C’est une sorte de mécène. Il s’est proposé de financer une partie de mes études.
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
J’ai été très surpris par leur accueil. Ce sont des gens extrêmement tournés vers les autres, contrairement à ce que l’on pourrait penser. J’aime aussi leur optimisme et leur capacité à rebondir. Voyez l’après 11 septembre : beaucoup avaient prédit que ce serait la fin d’une ère. C’était sans compter sur l’extraordinaire énergie d’un peuple particulièrement soudé. On sent vraiment un effet de corps aux Etats-Unis qui leur donne plus de force.
Et le moins ?
Le revers de la force, c’est une certaine indifférence à la pauvreté. A Los Angeles par exemple, il y a entre 80 000 et 90 000 sans abris sur 10 millions d’habitants. Ni l’Etat de Californie ni l’Etat fédéral ne semblent s’en soucier. Les Américains acceptent beaucoup de choses sans rien dire. Comment ont-ils pu tolérer aussi longtemps cette guerre en Irak, et tous ces mensonges ? En France, cela aurait été absolument impossible.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
La famille et les amis, c’est évident.
Et le moins ?
La grisaille du Nord ! Ici, il fait un temps radieux tous les jours. Le système universitaire français, aussi. Des salles de cours qui prennent l’eau, des bâtiments sans chauffage… C’est indigne du pays qui a inventé l’université.
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
J’aime beaucoup Obama, car il souffle un vent de renouveau sur la campagne. Ici, tout le campus est acquis à sa cause ! Mais j’aime bien aussi Hillary. Je trouve que ce serait un beau clin d’œil de voir ce grand pays dirigé par une femme.
A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?
Ils le disent tous : l’économie. C’est d’ailleurs un petit peu étonnant, car quand on vit ici, on a l’impression que ça va bien. Contrairement a la France, tout a l’air de rouler ! Et pourtant, nous sommes en récession. Il y a également l’Irak. Cette guerre est insoutenable, mais cela va être très complique de partir comme ça, il faut être réaliste sur cette question.
Où serez-vous dans 10 ans ?
J’espère entre la France et les Etats-Unis, ou entre la France et le reste du monde. Apres avoir vécu ici, on a sentiment que tout est possible.
Votre salaire par mois ?
Je gagne 1700 dollars net par mois en travaillant 20 heures par semaine à l’université en tant qu’assistant de recherche. C’est très peu, mais en plus de mon salaire, ce travail m’ouvre droit à de grosses réductions sur mes frais d’inscription. Au final donc, ce n’est pas du tout une mauvaise affaire !
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Il ne faut pas voir le monde en noir et blanc. Les choses sont beaucoup plus complexes et attrayantes qu’on ne le croit. Dire qu’il n’y a pas de culture aux Etats-Unis est complètement faux. Réduire le système universitaire à des facs hors de prix aussi, car le système de bourses marche très bien.
Votre message à George W Bush
Pourquoi est-ce que vous aussi, vous voyez le monde en noir et blanc ? Pourquoi ne pas avoir pris la peine de s’intéresser à la différence ?
Votre message à Nicolas Sarkozy
Il faut continuer sur la voie de la réforme. Le chantier de l’université me paraît une urgence absolue. Il faut investir sur la jeunesse, la recherche et l’intelligence.
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier ?
Ne réfléchissez pas trop longtemps, allez-y, foncez !
Propos recueillis par Claire Derville
18:10 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mathieu faupin, USC, etudiant, Master, obama
31 janvier 2008
Pierre Battu, Monsieur « French Tuesdays »

Tout a commencé en 2003, lorsque Pierre et Gilles, deux copains associés dans une boîte de textile, ont eu l’idée de réunir les Français de New York le mardi soir pour faire la fête. Aujourd’hui, ils sont à la tête d’une société d’événementiel qui pèse 1.6 millions de dollars de marge brute, emploie 11 personnes et opère à New York, Miami, Los Angeles et San Francisco. Nous avons rencontré Pierre Battu, l’un des papas des French Tuesdays, un mercredi après-midi. Ce n’est pas son jour préféré, mais il nous a quand même gentiment reçus pour nous parler de sa vie de Frenchie.
Pour quelles raisons êtes-vous venu aux Etats-Unis ?
J’ai été envoyé à New York en 1998 comme expat’ par Arjo-Wiggins, la société de papeterie industrielle pour laquelle je travaillais. Au bout de deux ans, ils m’ont rapatrié à Paris. Le retour m’a vraiment déprimé. En 2001, j’ai démissionné pour repartir.
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Leur capacité à créer de la valeur avec l’immigration. Ils font un travail remarquable d’assimilation, notamment avec les illégaux. Les gens viennent ici pour bosser, pas pour profiter du système. Tout le monde y gagne, car sans les millions de Mexicains qui travaillent pour six dollars de l’heure, l’économie américaine ne fonctionnerait pas aussi bien. Quant aux immigrés, malgré les conditions très dures dans lesquelles ils travaillent, ils sont fiers d’être en Amérique. Ce pays a cette capacité à fasciner les gens, même quand ils y sont ! C’est tout de même extraordinaire.
Et le moins ?
Leur manque de retenue. Ils n’ont aucun complexe ! Ceci est directement lié à leur éducation : depuis qu’ils sont tous petits, on tolère tous les comportements. Il faut voir comment sont élevés les gamins. Ils hurlent dans l’ascenseur, mais les parents ne disent rien, sous prétexte qu’ils s’expriment…
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
La SECU, le chômage, et les femmes françaises… Ce sont les meilleures du monde ! Ici, il y a un côté exotique à sortir avec des Coréennes, des Indiennes ou des Ghanéennes, mais au bout du compte, c’est plus facile de tomber amoureux en français…
Et le moins ?
Les manifs ! A Paris, j’habitais à République, et je vous assure que je vivais un enfer. 52 fois par ans, la place était bloquée. Impossible de circuler. Ici, les gens sont civilisés : quand ils protestent, ils mettent des barrières, et ils n’emmerdent personne.
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
Nicolas Sarkozy (rires). Pourquoi, il n’est pas candidat ? On le voit partout : en Inde, en people, en citoyen fâché, en président voyageur, en agent provocateur, en amoureux transi… ça ne peut être que lui !
A votre avis, quel est le chantier prioritaire du prochain président ?
L’Irak bien sur, ainsi que la dette publique, qui est gigantesque. Ce pays est en faillite. Avec un dollar fort, ils pouvaient encore s’en sortir, mais avec un dollar faible, ça va être plus compliqué… La santé aussi. Que l’assurance maladie relève uniquement du domaine de l’entreprise privée et pas du social est une aberration.
Dans dix ans, vous serez en France ou aux Etats-Unis ?
Je pense aux Etats-Unis, à moins que nous ayons vendu notre boîte d’ici là et que j’aille me la couler douce dans les Caraïbes…
Votre salaire par mois ?
10 000 dollars bruts, mais on n’a pas toujours pu se payer comme ca. A une époque, je louais une chambre dans Harlem qui était tellement petite que mon matelas touchait les 4 murs de la pièce! Sincèrement, on a bien galéré, Gilles et moi. Mais j’imagine que c’est la capacité à supporter cela qui fait le succès d’un entrepreneur.
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Je leur dirai de ne pas généraliser. Je comprends qu’on ne puisse pas aimer l’incarnation politique de l’Amérique, mais rejeter le pays en bloc est absurde. De toutes façons, il n’y a pas une Amérique, mais plusieurs. Et il y a tellement de choses qu’ils font bien : les bagels avec du cream cheese et du saumon, par exemple. Comment ne pas aimer ça ?
Votre message à George W. Bush
Si seulement il avait pu être chanteur… ou magicien… tout, mais pas Président. Ce gars-là a surement des qualités. Dommage qu’il ne les ait pas utilisées ailleurs.
Votre message à Nicolas Sarkozy
Merci pour avoir rétabli un courant positif entre les Français et les Américains. C’était vraiment important pour nous qui vivons ici. Personnellement, j’ai ressenti beaucoup d’hostilité à l’époque du différend sur l’Irak : le chauffeur de taxi qui vous insulte, le concierge qui vous regarde de travers, des réflexions à la Poste, à la gym… Mais d’une certaine manière, cela a bien profité aux French Tuesdays. Nos compatriotes avaient un réel besoin de se retrouver.
Un conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier.
Il ne faut pas hésiter à venir faire son marché sur place. Celui qui m’envoie son CV de France n’a aucune chance… Mais s’il vient frapper à ma porte, c’est différent. Sinon, venir faire un cycle d’étude aux Etats-Unis est un bon tremplin, car cela débouche sur un permis de travail d’un an. Idéal pour mettre le pied à l’étrier.
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site des French Tuesdays
01:50 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : french tuesdays, claire derville, pierre battu
21 janvier 2008
Selima l'opticienne, un certain regard sur l'Amérique
Photo Annabel Aucoin DR
Chez Selima Optique, il y a toujours une bouteille de champagne au frais pour fêter l’arrivée des copains. Ses boutiques sont à son image : chaleureuses, gaies, éclectiques et branchées. On y trouve des lunettes, bien sûr, mais aussi des accessoires de mode et des vêtements vintage. « Je ne suis pas l’opticien traditionnel », convient-elle. Si Selima Salaun ne se prend pas au sérieux, elle n'en fait pas moins les choses sérieusement. Elle gère aujourd’hui huit magasins entre New York, Los Angeles et Paris et emploie une quarantaine de personnes. Née en Tunisie, élevée en Algérie, Française de cœur et Américaine d’adoption, cette maman de deux enfants de 13 et 15 ans nous a livré ses réflexions.
Pourquoi êtes-vous venue aux Etats-Unis ?
Je suis venue trois mois en 1988 pour faire l’ouverture de la boutique new-yorkaise d’Alain Mikli, chez qui je travaillais à Paris. Je suis tombée folle amoureuse de la ville. Lorsque je suis rentrée, au bout de trois mois, Alain m’a dit : « On a encore besoin de toi là-bas. ». Deux ans plus tard, je repartais pour de bon.
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Leur spontanéité ! Ils me font penser à de grands enfants. Ils sont beaucoup moins torturés que les Européens – surtout les Français.
Et le moins ?
Eh bien… je répondrais la même chose ! Le revers de leur spontanéité, c’est qu’ils manquent de profondeur, de passion. Ils abordent tout de façon tellement superficielle ! La politique, les rapports amoureux… tout est lisse et bien policé. Parfois, certaines conversations ressemblent vraiment à de la science-fiction. Impossible de savoir qui se planque derrière ce masque d’homme et de femme parfaits… Il faut voir ou revoir Stepford Wives, avec Nicole Kidman. C’est un film stupéfiant sur le puritanisme à l’américaine.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
La qualité de vie. A Paris, j’habitais le Marais, j’adorais ma petite routine : les cafés-crèmes au comptoir, les longues pauses déjeuners, les apéros entre copains… Les Français savent prendre le temps de vivre. Ici, on bosse, on bosse, et après, on part se saoûler la gueule au bar ! Conséquence directe du puritanisme. C’est bien connu : les interdits engendrent les excès.
Et le moins ?
Les conventions, le qu’en dira-t-on, le manque d’énergie, et cette façon un peu « fonctionnaire » d’aborder les affaires. L’autre jour par exemple, j’ai contacté mon usine française pour leur demander de fabriquer en extra une grosse commande de lunettes. J’étais prête à payer beaucoup d’argent, mais ils m’ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas, à cause des 35 heures. C’est dommage, car les Français ont un savoir-faire inégalable. Mais vous savez, rien n’est parfait ! C’est le Ying et le Yang, il y a une balance…
Votre candidat favori aux élections présidentielles
C’est John Edwards. Je sais, on n’est pas très nombreux… (rires). Malheureusement, j’ai un peu perdu de mon euphorie par rapport aux élections américaines. La première fois que j’ai voté aux Etats-Unis, c’était en l’an 2000. Parce que je viens d’un pays où les élections sont truquées [l’Algérie, NDLR], j’étais surexcitée ! Puis il y a eu le scandale de la Floride… Je ne me suis jamais vraiment remise de ce choc.
A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?
Il aura l’embarras du choix ! Le plus gros scandale, c’est l’Irak. Le monde entier nous en veut. Ensuite, il y a l’environnement - Bush n’en avait rien à secouer-, puis le système de santé, puis l’éducation…
Dans dix ans, vous serez en France ou aux Etats-Unis ?
Peut être en France ! Je suis en train de regarder des maisons. J’aimerais me partager entre New York, Paris, et la Provence, ou alors Biarritz.
Votre salaire par mois ?
150 000 dollars bruts par an, 5000 dollars nets par moi. Ici, la plupart des gens trouveraient ça minable pour le PDG d’une société, mais moi, ça me va. J’habite à Manhattan, mes deux enfants sont scolarisés dans le privé... Je m’en sors. De toute façon, l’argent n’a jamais été mon ressort.
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Il ne faut pas penser que l’Amérique se résume au Président que nous avons. C’est un pays fantastique. Ici, on peut réellement accomplir son rêve. Je suis le cas parfait !
Votre message à George W. Bush
J’espère qu’à partir de novembre 2008, on n’entendra plus jamais parler de lui, ni de sa famille.










